Dans le cadre de la 12ème journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, le Collectif Arc-En-Ciel (CAEC) lance sa nouvelle campagne de sensibilisation.

Deux années de réflexion auront permis à ce projet de voir le jour. Aux racines de celui-ci, la rencontre entre l’association et le photographe Sylvian Sébille de Réactive Studio lors du « I Love project » réalisé en 2015.

Grâce au soutien de l’Institut Français de Maurice, IDANTITE KONZIGE permet à l’Art (peinture, photographie, écriture) de transmettre un message d’acceptation de l’ “autre”, un message d’espoir, de respect et d’humanité. Sensibiliser autrement, en mettant en lumière certaines étapes du parcours de vie des personnes Lesbiennes, Gays, Bisexuelles et Transgenres à Maurice, le pari du Collectif Arc-En-Ciel pour montrer la richesse que notre diversité représente.

Douze œuvres, pour douze années d’existence, pour marquer la douzième journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Une série de photographies où se mêlent créations et ré-inventions de tableaux de peintres anciens et contemporains déclinée en six thèmes : Naissance, Regard des Autres, Emotions, Soutien, Affranchissement, Rêve.

Parmi les œuvres qui ont inspiré les tableaux de cette campagne, on retrouve des peintures de Botticelli, Dali, Frida Khalo. L’œuvre et la philosophie du peintre mauricien Vaco, ont donné une véritable trajectoire à ce projet, tant dans l’esprit de celui-ci que dans l’esthétique d’un grand nombre de pièces de cette série de photos.

Afin d’ancrer encore davantage ce projet dans le contexte mauricien, des textes d’auteurs locaux illustreront chaque thème afin de permettre au public une compréhension complète de la démarche.

Ces photographies qui seront dévoilées le 17 mai 2017, mettent en scène de « vraies » personnes, issues de la communauté LGBT, mais également des « alliés ».

Cette campagne sera exposée à The Ground du 17 au 27 mai 2017, puis au Caudan du 29 mai au 4 juin 2017, et chez l’Antiquaire à partir du 6 juin, où les œuvres pourront être vendues en édition limitée de trois exemplaires, réalisées à la demande.

IDANTITE KONZIGE 

A travers cette campagne, nous parlons d’individus, de parcours de vie, tout uniques mais dont les étapes peuvent parfois être les mêmes. Nous parlons d’Etres Humains, et donc d’individualités, dans toutes leurs nuances, et leurs richesses.

Conjuguer (au sens littéral : associer les choses entre elles) les identités pour permettre d’illustrer le quotidien des personnes LGBT, leurs familles, mais également des autres.

IDANTITE KONZIGE permet de réunir, de réconcilier les différentes facettes d’un individu : un pont réunissant les différents « soi » de chaque personne (la façon dont une personne agit dans son cercle familial, amical, professionnel n’est pas la même, cela est renforcé lorsqu’une personne ne se sent pas libre de vivre telle qu’elle est).

Et Conjuguer (au sens : décliner) des œuvres déjà existantes (Botticelli, Khalo, Dali, Vaco) ou des thèmes (l’acceptation de soi, la beauté, etc.) pour franchir les frontières de nos acceptations communes. A titre d’exemple : L’un des tableaux décline la Naissance de Vénus de Botticelli illustrant la féminité et la beauté de la femme. Nous l’avons repensé pour mettre en avant la beauté de l’individu, de l’Humain. Homme, Femme, Trans, là n’est plus la question, l’œil du visiteur peut admirer la grâce de la personne.

L’Etre Humain, à travers ses caractéristiques identitaires est au centre de cette campagne, parce que c’est avant tout pour le respect de sa richesse et sa diversité que le CAEC se bat au quotidien.

 

Nos recommandations.

A Maurice, bien que l’homosexualité et la transidentité ne soient pas illégales, elles n’en demeurent pas moins tabous et absentes des cadres législatifs.

En 2017, force est de constater que les Droits Humains ne sont pas tous les mêmes pour l’ensemble des citoyens mauriciens. Triste constat, d’une société ayant ratifié de nombreux traités onusiens mais figurant encore parmi les 75 pays recensés comme homophobes selon l’organisation internationale ILGA.

Le CAEC a donc imaginé cette campagne dans un objectif précis : celui de transmettre un message d’Humanité. Pour que le quotidien des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres puisse évoluer positivement vers une meilleure compréhension, acceptation et reconnaissance.

Ni plus, ni moins que les mêmes droits que tous les citoyens mauriciens, c’est avant tout d’une reconnaissance dont la communauté LGBT a besoin.

Naissance

La decouverte de soi.

NAISSANCE

Revey bann sans.

Si mo ti kapav aret letan

Pou les mo lespri respire

Anpes zwazo sant barlizour

Klarte soley ouver mo lizie

Sak pa zetwal met enn lespas

Ant seki mo ti ete e seki mo anvi ete

Komie plennlinn finn pase

Avan ki mo finn trouv lanbeli

Mo finn travers enn dezer

San enn gout dilo

Napli letan pou kasiet

Mo finn reisi ras

Tou laliann kiskit ki ti pe amar mo lavi

Zegwi later tourne

Me retourn anba mem soley

Mo finn gagn lasans enn deziem nesans

Mo pa kouma twa, mo pa kouma to anvi mo ete

Mo mwa, zis mwa

Daniella Bastien

Regard des autres

Discrimination.

Un même concept décliné avec un homme, puis une femme. Ces deux photographies illustrent l’ignorance, le rejet, la discrimination dont sont les victimes les personnes LGBT. Les tons « chauds » de l’arrière plan, illustrant la société qui continue sa route, s’opposent au noir des modèles, symbolisant leur discrimination.

Stigmatisation.

Deux modèles sur lesquels sont inscrits des paroles négatives, insultes et moqueries couramment adressées aux personnes de la communauté LGBT à Maurice. Le texte Noire Colombe, Colère Blanche de Shenaz Patel complète ce thème.

REGARD DES AUTRES

Noire Colombe

  Colère Blanche

Il y a là de la beauté, du cœur

Et puis tellement, tellement de douceur

L’arrondi d’un sein

La courbe d’un rein

La peau

Souple et tendre

Souple et dense

La peau

Qui respire comme respire la mer

En ses profondeurs

La soie d’une cuisse

Le froissé d’une aisselle

Le soupir d’un sexe

En face, ce regard

Regard qui épingle

Papillons dans une vitrine

Avec la pointe enfoncée là

Juste au milieu du corps

Le regard qui détaille

Qui fouaille

Qui dénude

Et la langue qui bat

Ayo tandé

Kouma zot lalang baté

Pa baté! Pa baté!

Pa zouré!

Mang salé! Sodom! Sadik! Pédale! PD! Tapette!

Kont natir! Malediksion! Broutez gazon! Gouine!

 De marbre

Rester de marbre

Ne pas bouger

Ne pas ciller

Pa kas latet

Tête haute toujours garder

Mais une goutte

Une goutte de sueur

Qui suinte

De la tempe

Du coin de l’œil

Et la peinture craquelle.

Se fissure

L’armure

L’équerre d’une épaule

L’arête d’un genou

La saillie d’un coude

Le couteau d’un doigt dressé

STOP!

Regardez

Regardez juste

Regardez vraiment

Les yeux ouverts

Comme on ouvre les bras

Là, toute cette beauté, ce cœur

Et puis tellement, tellement de douceur

Shenaz Patel

Acceptation de soi.

Inspirée de « La porteuse de Soleil » de Vaco, cette photographie met en avant la naiveté, les illusions que peuvent avoir les personnes LGBT avant d’être parfois confrontées à une société plus sombre et intolérante.

Emotions

EMOTIONS

Lettre à Frida K.

« Pour créer son propre paradis

Il faut puiser dans son enfer personnel »

Frida Kahlo

Un bus de Coyoacan et un tramway de Tlalpan

Deux véhicules, par un matin bleu sous le soleil mexicain

Ça ressemble à quoi, un soleil mexicain? Je n’en sais rien, mais je pense à la mer de vos chapeaux, et j’imagine qu’il cogne fort, comme un soleil mauricien.

Dans le bus, tu es assise. Tu as 18 ans et tu rentres du lycée.

Magdalena Frida Carmen Kahlo Calderon

Un nom à wagons, un nom qui cliquète sur les rails

Comme cliquète peut-être ta démarche, la polio à 6 ans, ça laisse des traces.

Un bus de Coyoacan et un tramway de Tlalpan

Une jeune fille qui rêve, peut-être, sous le soleil qui cogne

Une collision

Une barre de fer qui transperce ton corps, de part en part

Onze fractures, une colonne vertébrale brisée

Des dizaines d’opérations, des mois d’alitement, des années dans un corset de fer

Ton corps meurtri, ton corps supplicié

Des fausses couches, une amputation

Frida l’estropiée ils t’ont appelée

 

Dis, Frida K., s’habitue-t-on jamais à souffrir?

S’habitue-t-on jamais à être jugé, condamné?

On le dit

La bouche le dit

Pa kas latet ar sa

On s’en fout. Oui on s’en fout.

La bouche le dit.

Les yeux trahissent son mensonge

 

Après ton accident, ta mère n’est pas venue te voir pendant un mois. Pour elle, dit-on, tu allais mourir.

Quand elle est enfin venue, de ton lit d’hôpital tu lui as dit que tu voulais peindre. Elle t’a amené des couleurs.

Et tu en a mis partout Frida, partout.

« Emmurer la souffrance, c’est prendre le risque qu’elle te dévore de l’intérieur » disais-tu. Alors tu l’as libérée.

La tristesse a un parfum de fleurs.

Pourpre, améthyste, bouton d’or, carmin, émeraude, bleu paon, capucine, vermeil, héliotrope, incarnat, indigo, mimosa, lapis-lazuli, rubis, saphir, violine. Les fleurs sèment leurs couleurs

Les fleurs fanent la tristesse.

Et dans ta belle robe zapotèque, le regard fier, tu donnes à voir cela: la variété, et l’exubérance du vivant. « L’immense beauté de la terre ». Et des êtres.

Sous ta couronne de fleurs, avec toi je lève la tête, fière

Shenaz Patel

Soutien

Ces photos sont inspirées de l’œuvre Gala, de Salvador Dali. La première illustre le soutien d’une Maman, Margharet à son enfant, devenue adulte, Franceska, et la deuxième, une sœur soutenant son ainée. Ces deux photos montrent également la dualité du passé (né dans le « mauvais corps », style vestimentaire selon des normes imposées par la société) et du présent. Le Miroir renvoi la véritable image de la personne. Son « soi »intérieur, sa véritable identité. Deux textes pour deux interprétations différentes. A travers ‘Ma!’ et ‘Miroir’, Daniella Bastien et Claire Thévenau mettent magnifiquement en mots les messages de ces photos.

MIRROIR

Qui suis-je ?

Dans le miroir

Mon corps se fige

Dans mes yeux d’encre

Je peine à lire

Qui suis-je ?

Ma peau d’ébène

Épouse la nuit

Ma voix de miel

Reste interdite

Et puis ?

Là, quelque part

Dans l’infini

Dans l’éternel

Votre sourire

Claire Thévenau


Ma!

 Mo rapel enn fwa

Dan zardin zanfan

To finn sov mwa

Bann-la ti pe riy

mo manier koze

Inpe letan apre

Dan niaz laraz

To finn trap mo lame

Explik mwa ki regar lezot

Zame pou touy mwa

Dimounn ti dir ki to pe soutir mwa

To finn trap mo lame pli for

Explik mwa ki koze dimounn

Zame bizin fer mwa derive

Kouma enn seringol

Ki finn kas lalign

Lame lor mo zepol

To finn ed mwa avanse

Pou ki mo diboute

Mersi Ma!

Daniella Bastien

Affranchissement

La liberte.

La société à l’arrière plan de cette photo tourne le dos. La société continue de stigmatiser, de discriminer, mais l’individu s’affranchit des obstacles et parvient à s’assumer. Le body painting illustre les différentes facettes d’un individu et/ou de la société. Un clin d’œil au titre de la campagne.

La beaute.

Inspirée du tableau de Botticelli : « La Naissance de Vénus », cette photographie décline l’œuvre originale illustrant la féminité et la beauté de la femme. Ici, le canon de beauté est tout autre. Cette photo met en avant la beauté de l’individu, de l’Humain. Homme, Femme, Trans, là n’est plus la question, l’œil du visiteur peut admirer la grâce de la personne. Dans un poème intitulé Vénus, Claire Thévenau prolonge la poésie de l’image.

VENUS 

J’ai attendu ce moment

Où elle viendrait comme une fleur

Comme un soleil longtemps caché

Ma liberté d’être et d’aimer

Claire Thévenau

Reve

Le reve.

Le Rêve représente l’image idyllique d’une ile Maurice de demain. Des individus tous différents, avec leurs caractéristiques réunit sur une même image. En acceptant les différences de chacun, cette famille « arc-en-ciel » est heureuse et bienveillante.

Co-Conception et photographies: Réactive Studio / Sylvian SEBILLE

Service à la production : SAO et Julien G. de Konnektion Events

Auteures : Shenaz PATEL, Daniella BASTIEN et Claire THEVENAU

Sponsors :

Institut Français de Maurice

L’Antiquaire (Floréal)

The Ground, Koté Vins