La prévention de l’homophobie sur le lieu de travaill
Diversité égale richesse, le slogan rendu célèbre par les campagnes publicitaires de la marque Benetton peut également s’appliquer à l’esprit d’entreprise cultivée par la banque HSBC. A l’occasion du « Diversity and Inclusion Month », HSBC Ebène a ouvert grand ses portes aux ONG pour animer des sessions de sensibilisation. « Démystifier l’homosexualité et prévenir le VIH », était un des thèmes abordés, avec la contribution du Collectif Arc-en-Ciel.
Chaque entreprise qui en fait la demande peut bénéficier de sessions de sensibilisation gratuite sur l’homophobie. Animées par le Collectif Arc-en-Ciel et financées par Rogers, ces rencontres sont l’occasion d’aborder entre collègues des sujets sensibles voire carrément tabous. Avec sérieux, mais aussi avec humour.
Une dizaine d’employés de la banque HSBC ont volontairement choisi de participer à la session animée par Jean-Daniel Wong et Jacinthe Flore, membres du Collectif Arc-en-Ciel.
Jean-Daniel Wong a rappelé que « dans chaque pays 5 à 10% de la population est homosexuelle, même si aucune étude n’a encore été menée sur le sujet à Maurice », il a insisté aussi sur la définition de l’homosexualité : « ressentir de l’affection et de l’attirance tant émotionnelle que sexuelle pour une personne du même sexe. Il est regrettable que dès qu’on parle d’homosexualité, les regards se tournent vers la chambre à coucher… On devrait plutôt s’intéresser à la personnalité même de son collègue ! L’homosexualité, longtemps associée à une maladie est encore parfois considérée comme une perversion ou une malédiction. Or, les homosexuels sont avant tout des êtres humains, qui méritent la dignité ! »
Des êtres humains, mais des êtres encore trop souvent discriminés de nos jours, contraints à faire face à des situations difficiles : rejet par la famille, difficulté pour trouver un emploi, accès bloqué aux promotions…
« L’homophobie peut se traduire par des actes de violences physiques (coups, séquestration, viol dit « correctif »…) psychologiques (internement d’office par la famille, harcèlement…). Les blagues, les moqueries, les regards de travers, les injures ne doivent pas être considérés à la légère car ces comportements constituent des actes de violences », insiste Jean-Daniel Wong, « dans l’entreprise, l’homophobie est bien illustré dans le film Le Placard avec l’acteur Daniel Auteuil ».
En milieu professionnel, la discrimination basée sur l’orientation sexuelle est sanctionnée par la loi depuis deux ans. Mais les preuves restent toujours difficiles à rassembler.
« Par contre, certaines lois et dispositions sont toujours homophobes. Par exemple, l’interdiction de la sodomie, qui date de 1838 ! Au Collectif Arc-en-ciel, nous sommes pour la condamnation des relations sexuelles non consentantes, sodomie y compris, mais pour la décriminalisation de la sodomie entre adultes consentants. Nous souhaiterions aussi qu’on légalise les dons de sang de la part des homosexuels. Nous sommes également pour la reconnaissance du couple homosexuel, par exemple pour autoriser l’adoption d’enfants. Nous souhaiterions également des peines spécifiques pour les agressions et insultes à caractère homophobe, car la loi ne dit rien à ce propos », précise Jean-Daniel Wong.
Les membres du Collectif Arc-en-Ciel ont également profité de l’occasion pour rappeler les services offerts par l’association : un service de soutien psychologique, une aide légale avec l’appui de deux avocats, une hotline 920 76 05 et bientôt la mise sur pied d’une antenne de dépistage rapide du VIH dans leur bureau situé 57 avenue de la Faye à Belle-Rose (prévu à partir du 5 novembre).
Prévention du VIH
Partant de l’idée fausse que les homosexuels ont forcément le VIH, les membres du Collectif Arc-en-Ciel ont rappelé les modes de transmission du VIH (pénétration anale ou buccale non protégée, contact sanguin, allaitement maternelle) et insisté sur l’inquiétante féminisation des porteurs du VIH à Maurice.
La population mauricienne atteinte du VIH est estimée à 0,97%. Une étude a montré que 8% des homosexuels masculins sont séropositifs, et que parmi ces séropositifs, 71,6% avaient consommé de la dogue dans les trois mois précédents. L’injection de drogue étant la première source connue de contamination à Maurice. « La population féminine est également de plus en plus vulnérable », a tenu à souligner Amélie Desvaux de Marigny, Manager of Corporate Sustainability and Public affairs à HSBC.
La transition était toute trouvée pour parler du préservatif féminin, qui permet aux femmes de se protéger alors que certains hommes refusent encore de porter le préservatif masculin !
A l’issue de la séance de questions-réponses entre les employés de la banque et les membres du Collectif Arc-en-Ciel, l’association a offert à l’entreprise un stock de préservatifs masculins et féminins et des guides intitulés « L’homosexualité, c’est quoi ? » et « Mon enfant est homosexuel ».
Pour que votre entreprise bénéficie d’une session gratuite de sensibilisation sur l’homophobie et la prévention du VIH, vous pouvez contacter Jacinthe Flore sur le 465 45 96 ou info@collectifarcenciel.org
Merci à Marie-Laure Ziss Phokeer d'ACTogether pour cet article !
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Témoignage de Joëlle
Joëlle, 37 ans.
Dépi l’enfans mo ti trouv mwa différent bane lezot garsons. J’ai tout le temps préféré jouer et fréquenter les filles. J’étais beaucoup plus intéressé par les poupées que par les fusils à eau qu’on m’offrait comme cadeau à l’époque.
Ce n’est que vers mes 14 – 15 ans que j’ai compris ce que j’étais, un homosexuel… Certes, cela m’a pas mal perturbé dans mon adolescence car ce qui m’a fait le plus mal était le regard des autres, les moqueries, les commentaires désobligeants. Oui j’étais homo et je ne savais pas encore l’assumer…
Pour commencer j’ai moi-même été bouleversé, triste de ne pas être comme mes frères. Ma famille m’a accepté sauf mon papa et mes frères, qui voulaient que je change, ils disaient «pena dimoune couma toi ni dans fami papa ni dans fami mama ». Je leur ai fait comprendre que ce genre de choses n’arrivait pas qu’aux autres, qu’ils devaient m’accepter comme je suis. Au fil des années j’ai appris à m’accepter grâce à l’appui de ma maman et de mes sœurs. Ma mère et mes sœurs m’ont beaucoup épaulé.
J’ai vécu en Afrique du sud de 1995 à 1997, j’ai eu la chance de rencontrer un psychologue. C’est lui qui m’a redonné confiance en moi. J’ai appris à m’aimer comme je suis et c’est à partir de là que tout a commencé. J’ai pu me respecter et m’affirmer. Je m’accepté comme je suis et ce n’est qu’à partir de ça que j’ai commencé à vivre pleinement ma vie. Je suis un travesti et j’en suis fière. C’est quand je m’habille en femme qui mo vraiment vraiment feel happy. Nanien pas fors moi pou fer li mais dès qui mo habille en Joëlle mo senti moi plis capav affirme mo sexualité, tout se qui mo p vive.
En tout cas aujourd’hui je suis fière de moi quand je jette un regard en arrière ou quand je me compare à ce que sont devenus mes frères, qui se comportent mal.
Ce que j’ai pu constater c’est que les jeunes d’aujourd’hui s’affirment plus facilement. C’est un côté positif que j’apprécie chez eux. J’ai vu des jeunes de 12 – 13 ans s’affirmer en tant qu’homo alors que moi j’ai du attendre 26 – 27 ans pour sortir de ma coquille. Je trouve aussi que ces mêmes jeunes que j’admire pour leur courage ont un comportement exagéré. Ils ne respectent pas les autres. Selon moi, c’est ce qui donne quelque part une mauvaise image de la communauté gay à Maurice.
Pour finir j’aimerai dire à tous ceux qui se cachent toujours : apprenez à vous aimer tel que vous êtes pour pouvoir affronter cette société dans laquelle nous vivons pour ne pas vous faire piétiner ! Ne laissez aucun regard, aucune insulte vous atteindre ! Vivez ce que vous êtes !!!